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dimanche 31 juillet 2011

De la réutilisation simple des œuvres libres

− par Jean-Fred

En préambule, je remercie chaleureusement Pymouss de m’accueillir en ces lieux. Je remercie aussi la twitto-blogo-sphère wikimédienne francophone de s’être enthousiasmée à l’annonce de ce billet, et de s’être proposée en nombre pour m’héberger.

Wikimedia Commons. La médiathèque des projets Wikimédia. Fonds multimédia d’une ampleur et d’une richesse inouïes. Porte-étendard du mouvement des œuvres libres. Lieu de discussions sans fin sur le droit d’auteur, copyright & co, licensing comme on dit par chez nous.

Il y a tout pile un mois (et je te l’apprends probablement ami lecteur) a été créé [[Commons:Village_pump/Copyright]], pour que les utilisateurs aient un lieu où poser des questions en rapport avec le copyright (si si). Comme beaucoup de pages de Commons, c’est en anglais, pas très compréhensible pour le gars de passage, et dans ma liste de suivi.

Or donc, consultais-je avant-hier ma liste de suivi que j’ai remarqué ce fil. Résumé.

La personne compose de la musique et écrit des chansons. Elle les met sur YouTube et Facebook, pour que vous et moi allions écouter cela, et dans l’espoir un peu fou que peut-être, un jour, un producteur tombe amoureux et lui propose un contrat (la personne précise bien qu’elle est lucide quant à la probabilité que cela arrive).

J’y croyais…
(Nevit Dilmen, CC-BY-SA)
Plutôt que de mettre sa trombine statique en arrière-plan, elle écume iStockphoto, banque d’images « microstock », à la recherche de visuels en rapport avec ses chansons et réaliser un clip minimaliste. Mais iStockphoto, ça coûte des sous, et tout ça pour des vidéos qui ne lui rapportent pas un rond. Et si quelqu’un un jour veut payer pour son œuvre, ce serait pour la musique, pas le clip. Et si ça arrive, elle supprimera les vidéos et voilà.

Et cette personne se demande (et nous demande) : « puis-je utiliser des images et des clips de Wikimedia Commons dans mes vidéos, sans le moindre risque d’amende, poursuite judiciaire ou perte de mes droits d’auteur sur mes chansons − réponse courte SVP ».

Un vieux briscard de Commons, habitué des discussions du genre, lui tint à peu près ce discours :
  • Réponse courte : « oui, c’est justement le genre de chose que l’on cherche à autoriser, mais gaffe aux clauses des licences. »

  • Réponse longue : 612 mots. Tout y passe. Explication de la distinction entre collective work et derivative work, la viralité des licences, la nécessité de créditer les auteurs et mentionner les licences, les sept pages de la GFDL à inclure, l’impossibilité de combiner de la GFDL et de la CC-BY-SA, la possibilité de choisir la licence que l’on préfère pour des œuvres sous licences multiples. Et que non, normalement ya pas de problème pour ses chansons.
Un autre briscard est passé après pour une autre réponse courte : 1/ Image du domaine public (PD ou CC0) → Utilise comme tu veux ; 2/ Image CC → Utilise et indique auteur et licence ; 3/ Aucun problème pour tes chansons.

Huh.

Il est fréquent que les gens qui veulent réutiliser des œuvres de Commons demandent la permission aux auteurs − j’ai entendu et lu beaucoup de contributeurs le dire. Certains se fendent même de pages où ils ré-explicitent que non, ya pas de souci.

C’est un peu un fail majeur que de devoir expliquer une des raisons d’être du projet. Clairement, on a un problème de pédagogie quelque-part. Mais j’essaye de ne pas trop dramatiser sur ce constat.

D’abord, je mets ça en partie sur le compte d’un manque d’éducation du grand public aux œuvres libres : oui monsieur, des films/musiques/photos que vous pouvez librement télécharger, regarder, diffuser et même vendre, ça existe. J’ai souvent vu l’incrédulité peinte sur le visage de mes interlocuteurs quand je leur disais qu’ils pouvaient imprimer et vendre des bouts de Wikipédia si ça leur chantait − et franchement ça se comprend.

Ensuite, je me dis que de notre côté on ne peut que s’améliorer niveau pédagogie et ergonomie. Les gros boutons « Réutiliser cette image » sont très récents par exemple.

Mais cette histoire est autre chose. Un type arrive avec un cas relativement simple. Ce qu’il cherche à faire est en plein dans ce que l’on cherche à permettre. Et la réponse complète à sa question « Je peux ? » est en 612 mots. La réponse courte lui demande de regarder quelle licence il veut utiliser et d’agir différemment selon.

Et là, par contre, je me dis que ça va pas s’améliorer avec le temps. Les textes de licences seront toujours aussi imbuvables pour le commun des mortels (moi compris). La viralité demeurera un concept abscons à l’application tordue. Il faudra toujours se traîner l’incompatibilité de la GFDL et ses sept pages de texte.

…fut un temps.
(M. Rehemtulla/QUOI Media Group, CC-BY)
Il y aura toujours les auteurs qui rajoutent des clauses aux licences (comme si elles n’étaient pas assez compliquées comme ça) : « Veuillez faire figurer mon nom à proximité immédiate de l’image  », « Vous devez impérativement laisser le watermark », « Vous devez me contacter si vous utilisez l’image », ou encore (ma préférée) « Pour utiliser sur média papier, veuillez me créditer avec mon vrai nom que vous obtiendrez en me contactant ». Et tant pis si ces clauses soient un abus des licences Creative Commons ou en trahissent complètement l’esprit.

Oh, on a essayé de faire mieux. Il y a trois ans, j’ai accueilli avec enthousiasme la Grande Migration, où adieu les sept pages de la GFDL, tout passait en CC-BY-SA. Las. Il y a eu ceux qui se sont opposées à la migration. Et il y a ceux qui maintenant, mettent sciemment leurs photos sous {{GFDL-1.2}} − j’ai beau avoir cherché, je n’ai jamais lu le début d’une explication à part « Emmerder les réutilisateurs (si possible les multinationales qui exploitent des enfants et vont se faire du fric sur mon dos, mais au cas où, tout le monde) ».

Des Commonistes ont essayé de faire la chasse aux clauses alakon (mises en plus gros que la photo et avec des chouettes couleurs tant qu’à faire, voire en incluant du foutage de gueule intégral), en s’attirant des regards noirs accompagnés de claquements de porte. Un jour, j’ai suggéré d’imposer aux utilisateurs qui utilisent des modèles personnalisés pour indiquer qu’ils sont l’auteur de l’indiquer aussi normalement dans le champ réservé à cet effet, et sur lequel se basent les outils style les gros boutons. On m’a répondu que c’était une mauvaise idée. Car il faut éviter de froisser les Vrais Contributeurs™, de peur qu’ils ne Quittent le Projet™. Le gars qui veut réutiliser des images ? Oh, lui.

Sur la porte d’entrée, il est écrit « Wikimedia Commons, une médiathèque de watmille fichiers librement réutilisables et que chacun peut enrichir ».

J’aurais tant aimé qu’il soit écrit « Wikimedia Commons, une médiathèque de watmille fichiers que chacun peut réutiliser ».

lundi 28 décembre 2009

Vivement l’année prochaine !


À l’aube de cette nouvelle décennie, je fais comme tout le monde et j’essaie de faire un bilan de l’année pas encore finie. Vu que je ne parle quasiment que de Wikipédia et des projets frères en ces lieux, je ne vais pas vous surprendre en évoquant l’un d’eux qui me tient à cœur.

Ça a dû germer au moment de la journée du patrimoine où, faute de faire la promo des projets Wikimédia comme cela fut un temps évoqué, nous avons décidé avec certains wikipédiens rennais d’orienter nos visites en fonction des besoins de Commons pour étoffer la [[Category:Monuments historiques in Rennes]]. Entre les gouttes de pluie, la moisson a été riche : hôtel de Courcy, hôtel Oberthür, etc. Mais le problème était de donner un peu de sens à tout ça, notamment grâce à la base Mérimée, mise en œuvre par le ministère de la Culture et particulièrement bien fournie en Ille-et-Vilaine.

Hélas, en parcourant cette base exhaustive des monuments historiques français, quelle ne fut pas ma déception de voir que la plupart d'entre eux n'était pas illustrée ou alors avec des images bien peu représentatives. Alors on s'est mis à arpenter les rues de Rennes à la poursuite de la grosse centaine de MH que compte notre belle ville. L’objectif initial était plus ou moins de compléter en couleurs et en bonne qualité ce que Mérimée avait déjà. Évidemment, comme chaque participation à un projet Wikimédia, il s'agit de partager tout ça sous licence libre.

Et puis la machine s'est emballée. Un modèle {{Mérimée}} a été créé pour lier chaque photo à la fiche idoine dans la base. Des monuments déjà abondamment photographiés, mais à chaque fois sous le même angle, on été revisités, comme le Parlement de Bretagne et sa place, ou Notre-Dame-en-Saint-Melaine. Des façades ont été auscultées pour en faire ressortir d’insoupçonnés détails (sur la cathédrale, par exemple). Bref, en fin de compte, tous les MH de Rennes sont désormais photographiés.

Il ne reste plus qu’à les transférer sur Commons, a mettre le lien vers la bonne fiche Mérimée, à géolocaliser correctement et à trouver (et/ou créer) les catégories idoines pour que tout ça soit exploitable. Autant dire que Rennes sera sans doute la première grande ville française à avoir une photo libre de chacun de ses monuments historiques. Mais ce sera en 2010 !

Bonne fin d'année.

vendredi 18 septembre 2009

Photographiez, il en restera toujours quelque chose


Il a surgi hier en fin de matinée en haut de toutes les pages de la Wikipédia francophone. Personne n'a pu le louper. « Il » c'est un bandeau spécialement apposé à l'occasion des Journées européennes du patrimoine : « Vous trouvez que Wikipédia manque de photos ? Vous pouvez nous aider ce week-end ! »

Message efficace et accrocheur : une façon de rappeler à nos nombreux lecteurs que Wikipédia, c'est eux, nous, tout le monde, qui le fait. Une façon intelligente de dire aussi : « arrêtez de râler sur le contenu de l'encyclopédie, venez participer. »
En effet, à l'heure où le numérique est entré dans tous les foyers, la photographie est devenu un hobby largement répandu. Or, malgré les efforts de certains contributeurs qui ont la manie de photographier l'insignifiant pour illustrer les articles, il faut bien avouer que bien des articles manquent d'illustrations. Au-delà de l'aspect cosmétique, c'est aussi une façon de montrer efficacement et simplement à quoi ressemble telle commune ou tel monument.
C'est donc une bonne idée d'utiliser le sitenotice pour encourager le développement de la base de données multimedia.

Mettons-nous donc dans la peau d'un lecteur lambda un instant et cliquons donc sur le lien. Nous voila arrivés sur une page qui explique comment faire pour contribuer à cette grande œuvre. En fait, on se rend compte qu'il y a deux options :
  • Soit on dispose d'un compte (ou on est prêt à en créer un) et on peut télécharger téléverser sans problème des photos sur Commons : tout est expliqué. On espère seulement que les utilisateurs peu familiarisés avec ce site penseront à bien remplir les rubriques nécessaires…
  • Soit on ne veut pas se créer de compte et le message explique la marche à suivre. Tout est dit, il suffit de suivre les indications. Les principaux problèmes sont évoqués : nécessité d'indiquer l'auteur, obligation de placer son travail sous licence libre, description du sujet (ça va mieux en le disant), interdiction de prendre en photo une œuvre d'art qui n'est pas libre. Après avoir lu tout ça, il suffit d'envoyer le tout à info-fr@wikimedia.org où les braves volontaires OTRS sauront gérer tout ça avec maestria.
En fait, c'est plus simple de s'ouvrir un compte, non ? Mais si ça peut permettre à des lecteurs de désacraliser le fait de participer, pourquoi pas. D'ailleurs, il y a déjà quelques photos dans la boîte à lettres.

Le problème, c'est que l'info a été reprise par Libé et, là, on ne s'embarrasse pas avec le point essentiel : les photos (et donc leur sujet) doivent être libres. On risque donc de pas mal s'amuser pour gérer tout ça : les volontaires OTRS sont des bénévoles et ont donc autre chose à faire, or nous ne sommes qu'une petite vingtaine (et encore, il y a quelques fantomes). De plus, il va falloir gérer les ajouts faits sur Commons par des contributeurs de bonne volonté mais peu au fait qu'il n'y a pas de liberté de panorama en France. Je crains qu'il y ait un nouvel afflux de Pyramide du Louvre, de Champs Libres ou de Tribunal de Bordeaux ; les balais commonsiens ne vont pas rester au placard dans les semaines à venir, je pense, et, là aussi, on manque un peu de bras (30 admins francophones).

Ceci dit, l'expérience vaut le coup d'être tentée. Surtout si des contributeurs vont arpenter nos vertes campagnes qui ont le plus besoin d'être immortalisées.

samedi 18 juillet 2009

Retour sur les RMLL


Il y a une semaine à cette heure-ci, les RMLL s'achevaient en apothéose avec deux interventions de représentants de Wikimédia France. C'était la fin de cinq jours de débats et d'échanges autour des logiciels et œuvres libres ; plus de 300 conférences et ateliers se sont déroulés autour de 17 thématiques.
C'était la première fois que j'assistais à cette manifestation qui fêtait sa 10e édition. Il faut dire que cette année, cela se passait à 100 km de chez moi et que j'étais disponible pour quelques jours. C'est avec une certaine expectative que je m' y suis rendu. Autant, la semaine précédente, il ne faisait aucun doute pour moi que Wikimédia France avait toute sa place aux Étés TIC de Rennes qui avait pour thème « Culture(s) et connaissances en réseaux ». Je craignais alors que nous soyons un peu noyés dans cette grand’messe du libre où les geeks de toutes sortes se battraient sûrement à coups de distributions et de lignes de codes, n'accordant qu'un regard dédaigneux au quidam qui se contente de mettre à jour quotidiennement son Ubuntu en évitant comme la peste d'avoir à saisir une ligne de commande.

Premier choc en entrant dans le hall de l'École polytechnique de l'université de Nantes : des livres. Et pas seulement des livres d'informatique. Ça m'a rassuré de voir que le partage libre de connaissance n'occupait pas une portion congrue de ce village du Libre où je m'apprêtais à passer 2 jours.
Deuxième surprise : un public varié. Malgré l'éloignement du centre de Nantes, des jeunes, des vieux, des curieux de toute sorte arpentaient les allées à la recherche d'informations sur les différents aspects du libre.
Et surtout, loin de se contenter de rester sagement derrière leurs stands, les exposants au badge violet (comme moi), les conférenciers, les organisateurs, même, discutaient, échangeaient, s'informaient.

C'est cette mise en place de réseaux qui est, à mon avis, l'un des intérêts majeurs de ce genre de rassemblement. L'une des grandes forces des logiciels et œuvres libres est la communauté d'utilisateurs, de développeurs ou de contributeurs sur lesquels il s'appuient. Souvent, et on le voit quotidiennement dans Wikipédia, une communauté a un talent particulier pour se lancer dans des chamailleries internes et à se regarder un peu le nombril. Il me semble important de tirer parti des synergies qui existent au sein de chacune pour tisser des liens en vue de favoriser le partage et la diffusion de connaissances libres. Et c'est souvent en se rencontrant physiquement que les choses avancent réellement.
Certains liens sont évidents, comme ceux existant avec Framasoft. D'autres mériteraient d'être développés. J'en vois deux sortes :
  • Les liens « techniques » avec les communautés développant certains outils spécifiques complémentaires de Wikipédia. Ainsi, des cartes libres élaborées dans le cadre du projet Open Street Map pourraient être intégrées dans l'encyclopédie et bénéficier ainsi d'une meilleure visibilité. L'intérêt est aussi de récupérer des contributeurs qui peuvent contribuer sur les deux projets ; je pense notamment à nos Wikicartographes.
  • Les liens de proximité avec notamment les groupes d'utilisateurs de logiciels et œuvres libres (GULL). Ces groupes ont notamment pour but de favoriser le développement des logiciels libres à travers l'organisation de journées Grand Public. À mon avis, il s'agit là de moments priviligiés pour permettre à des personnes pour qui Wikipédia reste un site qu'ils ne font que consulter de devenir, à leur niveau, des contributeurs. Alors que l'édition peut sembler de plus en plus complexe, il est important de désacraliser le fait d'écrire pour que tout un chacun puisse s'approprier le projet. Celà ne peut se réussir que si des rencontres « en vrai » sont organisées. D'autre part, les GULL disposent souvent de liens avec les institutionnels qui sont détenteurs de documents qu'ils pourraient rendre libres ; autant en profiter pour développer Wikimedia Commons et Wikisource.
Bien sûr des liens sont aussi possibles avec des personnes ou des entreprises n'appartenant pas à la communauté du libre. Si cela peut présenter un intérêt ponctuel en termes financiers, je doute fort qu'une collaboration basée sur autre chose que du mécénat puisse perdurer. La logique de partage libre de connaissances mises gratuitement à la disposition du plus grand nombre s'accommode mal avec une logique commerciale basée sur l'exclusivité.
Si la communauté veut assurer son renouvellement par l'élargissement de sa base de contributeurs, c'est à mon avis en se rapprochant des contributeurs, actuels et futurs, qui partagent une même communauté de valeurs.

Dans un prochain post, nous verrons comment une association peut jouer un rôle en fédérant un maximum de contributeurs autour de ces valeurs.