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vendredi 1 janvier 2010

Nous y voila !


Ça y est, c’est fait : comme prévu, 2009 n’a pas passé la nuit.

C’est maintenant l’heure des bonnes résolutions, des souhaits pour l’an neuf (qui est donc l’an dix). Alors, encore un peu entêté par les effluves d’une nuit de réveillon, je souhaite tout simplement que 2010 soit une année où vos projets se réaliseront, où les inévitables difficultés que connait chacun seront vaincues.

Je souhaite aussi que la connaissance sous toutes ses formes soit encore mieux partagée, librement et gratuitement, à travers Wikipédia, Wikisource et Commmons notamment. Qu’en 2010, les synergies qui éclosent grâce à ce formidable outil qu’est Internet continuent à se développer et que chacun apporte, modestement, sa participation à essayer de rendre ce monde un peu meilleur.

Bonne année à tous.

samedi 14 novembre 2009

En flanant dans les rues


Il y a quelque temps, dans un précédent billet, je vous faisais part de mon engouement pour ces illustres personnages de ma bonne ville de Rennes que j'essaie, modestement, de faire sortir de l'oubli en leur consacrant quelques lignes dans Wikipédia.

Or donc, en un jour pluvieux, je me retrouvais tout en haut de la bibliothèque des Champs Libres à chercher quelque information propre à alimenter « mes » articles quand je suis tombé sur une perle. Bien sûr, l'objet ne paie pas de mine : un mince volume coincé entre deux imposantes anthologies consacrées à l'histoire de la Bretagne. Mais, sa date de publication m'a interpellé : 1883. Voilà donc un ouvrage qui est dans le domaine public et aurait donc sa place dans Wikisource !

Je remarque ici que, tout à l'enthousiasme de ma découverte conjointe de Wikisource et du Dictionnaire de Trévoux, je n'ai guère parlé de ce projet dans un billet de juillet. Alors, pour ceux qui l'ignore, ce projet méconnu soutenu par la Wikimedia Foundation est formidable. Il s'agit d'un wiki dont le but est de collecter les scans d'œuvres libres pour les retranscrire et en favoriser ainsi la libre utilisation par tout un chacun.
Quand un wikisourcien a dans les mains un ouvrage tombé dans le domaine public, ce n'est pas l'instinct du bibliophile qui s'éveille en lui ; point d'émotion devant des pages marquées par le temps et couvertes d'inscription presque illisibles. Au contraire, plus le texte est lisible, mieux ça vaut : dans le cas des Notices sur les Rues, Ruelles, Boulevards, Quais, Ponts, Places & Promenades de la ville de Rennes, point de souci, les pages sont propres et le texte apparaît clairement. Direction donc le scanner que la bibliothèque met aimablement à la disposition de ses lecteurs et, après quelques tâtonnements informatiques1, le fichier scanné est intégré à Wikisource. Les « cyber-moines copistes » peuvent commencer leur travail et ça va bon train. La version finalisée du texte est consultable sur cette page, elle concerne les 48 premières pages − lues, relues et validées − d'un livre qui en compte 93. Autant dire que très prochainement tout le texte du livre sera en ligne.

Une fois passée la satisfaction du projet bien enclenché, à défaut d'être fini, se pose la question inévitable : « C'est bien gentil tout ça, mais ça sert à quoi ? »

Il est vrai que l'intérêt « wikipédien » d'un tel ouvrage ne saute pas forcément aux yeux. L'encyclopédie étant ce qu'elle est, l'intérêt d'avoir un article dédié à toutes les rues de villes importantes est régulièrement débattu. Ainsi, en juillet 2008, une PàS musclée concernait des listes de rues belges. Un des débatteurs avait sorti une formule qui fait désormais florès : « On peut difficilement comparer les rues de Bruxelles avec les rues de Paris, pour lesquelles existe une bibliographie importante où la plupart des rues de Paris sont traitées et commentées » ; ce que certains ont eu tendance à résumer en : « les seules rues méritant d'avoir un article dans WP sont celles de Paris ».
Sans abonder cette position extrémiste, force est de constater que Wikipédia n'est peut-être pas le lieu idéal pour avoir un article sur chacune des rues de Rennes2. Un article aurait sa place sur un wiki territorial, comme WikiBrest ou WikiManche, mais il n'existe pas (encore ?) de tel site communautaire sur Rennes ou sur l'Ille-et-Vilaine.
Une lecture attentive des Notices sur les Rues, Ruelles, Boulevards, Quais, Ponts, Places & Promenades de la ville de Rennes permet cependant de dénicher certaines informations qui méritent d'être partagées dans l'encyclopédie en ligne. Pour ne citer qu'un exemple, on y trouve quelques éléments de biographie sur Hippolyte-Jean-François Le Graverend, un ancien député qui aurait sa place dans Wikipédia.

Personnellement, je pense que l'intérêt est surtout patent pour tous ceux qui s'intéresse à l'histoire de la ville. En dressant un inventaire exhaustif des rues de la capitale bretonne, cet ouvrage permet d'en tracer un plan précis qui peut être comparé avec le tissu urbain actuel. Pour ce faire, il existe un formidable outil libre pour cartographier un territoire : c'est OpenStreetMap. Le géographe libriste que je suis est forcément intéressé par ce projet mondial de carte coopérative libre. À Rennes, il y a une très active communauté qui a réalisé la cartographie de la totalité de la commune. C'est parfait pour faire des cartes libres de la ville et retrouver facilement son chemin. Par contre un truc me chiffonne : je ne sais pas comment faire pour ajouter quelque part un calque indiquant les rues existant à la fin du XIXe siècle. Voilà pourtant une application que j'aimerais bien voir développée.

Et puis cela permettrait sans doute d'avoir une carte d'évolution urbaine plus exacte que celle que j'ai réalisée pour l'article Rennes de Wikipédia.

1 : Il s’agissait là de mon premier apport à Wikisource à partir d’un document sur papier, d’où un scan parfois un peu de biais et un fichier DjVu pas terrible, malgré de bons scans et une page d’aide très utile.
2 : Malgré une exploration du site de la ville, il est d’ailleurs impossible de savoir facilement combien il y en a actuellement ; il y en avait 206 en 1883.

vendredi 24 juillet 2009

Heureusement que Wikipédia n'est pas une encyclopédie


Plus j'avance avec mes nouveaux amis wikisourciens dans la transcription du Dictionnaire de Trévoux et plus je suis content que Wikipédia ne soit pas une encyclopédie. Ni même un dictionnaire, d'ailleurs.

Dès la préface de cet imposant ouvrage, on sait que l'on a sous les yeux le meilleur et le plus complet des ouvrages de référence de l'époque. En tout cas, c'est ce qu'on y lit entre les lignes. Il faut dire que l'un des objectifs de l'ouvrage est de faire état de « la multiplicité des idées qui produit & qui doit produire la multiplicité des termes ». En quelque sorte, nos Bons Pères (le Trévoux est rédigé sous la direction de Jésuites) posent les bases de la Neutralité de point de vue.
En poursuivant la lecture de cette préface, on découvre d'autres phrases que les wikipédiens ne renieraient pas : « le Public paroît pencher un peu plus du côté de ceux qui citent, que du côté de Ceux qui ne citent pas, […] il est, au contraire, flatté agréablement par la déférence & le ménagement que font paroître pour ses lumières ceux qui n’avancent rien, sans l’appuyer de preuves solides & de bons témoignages ». Aujourd'hui, et en un autre lieu, on dirait : « Citez vos sources ».
En plus, il n'est pas question de se poser en spécialistes de la question. À propos de la religion, on lit que les auteurs du dictionnaire se sont contenté « d’exposer les opinions sur lesquelles ces Héresies sont fondées, & cela d’une manière simple, sans sortir des bornes d’un Dictionnaire ». Quel admirable sens des limites d'un ouvrage qui doit rester simple de lecture ! Dans la même page, on lit même : « On n’attend point [du dictionnaire] qu’il s’érige en Controversiste mais qu’il rende les Controversistes intelligibles ». Dès le XVIIIe siècle, ce dictionnaire refuse donc de servir d'écho aux travaux inédits, forcément polémiques par nature.

Émoustillé par la lecture de cette alléchante préface, me sentant en pays de connaissance, je me suis donc lancé avec quelques autres dans la transcription wikisourcienne de cet ouvrage, persuadé de retrouver à chaque ligne des vérités fondamentales qui auront su traverser les siècles.
Éh bien, en fait, non.
Pas du tout.
À chaque page, le modeste encyclopédiste collaboratif du XXIe siècle que je m'efforce d'être bondit sur son siège. Les perles s'enfilent. Bien sûr, je m'efforce de contextualiser en fonction des connaissances de l'époque, de l'omniprégnence de la Religion (la Vraie, pas les autres hérésies), ou des tournures de phrases qui conduiraient aujourd'hui leurs auteurs au bûcher du « politiquement correct ». On sent partout la volonté d'avoir toujours raison ; contre les jansénistes, contre les oratoriens, contre les vocabulistes, etc.

En fait, je me dis qu'il est bien plus enrichissant de participer à un joli MMORPG où les débats sont ouverts, où les coups pleuvent, où on se déteste avec autant de vigueur qu'on s'aime. Un lieu où abondent les Pokemons, les joueurs de foot biélorusses et autres bestioles qui ne passeront pas plus à la postérité que certains des grands penseurs cités par le Trévoux.

Oui, Wikipédia n'est pas une encyclopédie. Tant mieux.

samedi 18 juillet 2009

Retour sur les RMLL


Il y a une semaine à cette heure-ci, les RMLL s'achevaient en apothéose avec deux interventions de représentants de Wikimédia France. C'était la fin de cinq jours de débats et d'échanges autour des logiciels et œuvres libres ; plus de 300 conférences et ateliers se sont déroulés autour de 17 thématiques.
C'était la première fois que j'assistais à cette manifestation qui fêtait sa 10e édition. Il faut dire que cette année, cela se passait à 100 km de chez moi et que j'étais disponible pour quelques jours. C'est avec une certaine expectative que je m' y suis rendu. Autant, la semaine précédente, il ne faisait aucun doute pour moi que Wikimédia France avait toute sa place aux Étés TIC de Rennes qui avait pour thème « Culture(s) et connaissances en réseaux ». Je craignais alors que nous soyons un peu noyés dans cette grand’messe du libre où les geeks de toutes sortes se battraient sûrement à coups de distributions et de lignes de codes, n'accordant qu'un regard dédaigneux au quidam qui se contente de mettre à jour quotidiennement son Ubuntu en évitant comme la peste d'avoir à saisir une ligne de commande.

Premier choc en entrant dans le hall de l'École polytechnique de l'université de Nantes : des livres. Et pas seulement des livres d'informatique. Ça m'a rassuré de voir que le partage libre de connaissance n'occupait pas une portion congrue de ce village du Libre où je m'apprêtais à passer 2 jours.
Deuxième surprise : un public varié. Malgré l'éloignement du centre de Nantes, des jeunes, des vieux, des curieux de toute sorte arpentaient les allées à la recherche d'informations sur les différents aspects du libre.
Et surtout, loin de se contenter de rester sagement derrière leurs stands, les exposants au badge violet (comme moi), les conférenciers, les organisateurs, même, discutaient, échangeaient, s'informaient.

C'est cette mise en place de réseaux qui est, à mon avis, l'un des intérêts majeurs de ce genre de rassemblement. L'une des grandes forces des logiciels et œuvres libres est la communauté d'utilisateurs, de développeurs ou de contributeurs sur lesquels il s'appuient. Souvent, et on le voit quotidiennement dans Wikipédia, une communauté a un talent particulier pour se lancer dans des chamailleries internes et à se regarder un peu le nombril. Il me semble important de tirer parti des synergies qui existent au sein de chacune pour tisser des liens en vue de favoriser le partage et la diffusion de connaissances libres. Et c'est souvent en se rencontrant physiquement que les choses avancent réellement.
Certains liens sont évidents, comme ceux existant avec Framasoft. D'autres mériteraient d'être développés. J'en vois deux sortes :
  • Les liens « techniques » avec les communautés développant certains outils spécifiques complémentaires de Wikipédia. Ainsi, des cartes libres élaborées dans le cadre du projet Open Street Map pourraient être intégrées dans l'encyclopédie et bénéficier ainsi d'une meilleure visibilité. L'intérêt est aussi de récupérer des contributeurs qui peuvent contribuer sur les deux projets ; je pense notamment à nos Wikicartographes.
  • Les liens de proximité avec notamment les groupes d'utilisateurs de logiciels et œuvres libres (GULL). Ces groupes ont notamment pour but de favoriser le développement des logiciels libres à travers l'organisation de journées Grand Public. À mon avis, il s'agit là de moments priviligiés pour permettre à des personnes pour qui Wikipédia reste un site qu'ils ne font que consulter de devenir, à leur niveau, des contributeurs. Alors que l'édition peut sembler de plus en plus complexe, il est important de désacraliser le fait d'écrire pour que tout un chacun puisse s'approprier le projet. Celà ne peut se réussir que si des rencontres « en vrai » sont organisées. D'autre part, les GULL disposent souvent de liens avec les institutionnels qui sont détenteurs de documents qu'ils pourraient rendre libres ; autant en profiter pour développer Wikimedia Commons et Wikisource.
Bien sûr des liens sont aussi possibles avec des personnes ou des entreprises n'appartenant pas à la communauté du libre. Si cela peut présenter un intérêt ponctuel en termes financiers, je doute fort qu'une collaboration basée sur autre chose que du mécénat puisse perdurer. La logique de partage libre de connaissances mises gratuitement à la disposition du plus grand nombre s'accommode mal avec une logique commerciale basée sur l'exclusivité.
Si la communauté veut assurer son renouvellement par l'élargissement de sa base de contributeurs, c'est à mon avis en se rapprochant des contributeurs, actuels et futurs, qui partagent une même communauté de valeurs.

Dans un prochain post, nous verrons comment une association peut jouer un rôle en fédérant un maximum de contributeurs autour de ces valeurs.