lundi 28 décembre 2009

Vivement l’année prochaine !


À l’aube de cette nouvelle décennie, je fais comme tout le monde et j’essaie de faire un bilan de l’année pas encore finie. Vu que je ne parle quasiment que de Wikipédia et des projets frères en ces lieux, je ne vais pas vous surprendre en évoquant l’un d’eux qui me tient à cœur.

Ça a dû germer au moment de la journée du patrimoine où, faute de faire la promo des projets Wikimédia comme cela fut un temps évoqué, nous avons décidé avec certains wikipédiens rennais d’orienter nos visites en fonction des besoins de Commons pour étoffer la [[Category:Monuments historiques in Rennes]]. Entre les gouttes de pluie, la moisson a été riche : hôtel de Courcy, hôtel Oberthür, etc. Mais le problème était de donner un peu de sens à tout ça, notamment grâce à la base Mérimée, mise en œuvre par le ministère de la Culture et particulièrement bien fournie en Ille-et-Vilaine.

Hélas, en parcourant cette base exhaustive des monuments historiques français, quelle ne fut pas ma déception de voir que la plupart d'entre eux n'était pas illustrée ou alors avec des images bien peu représentatives. Alors on s'est mis à arpenter les rues de Rennes à la poursuite de la grosse centaine de MH que compte notre belle ville. L’objectif initial était plus ou moins de compléter en couleurs et en bonne qualité ce que Mérimée avait déjà. Évidemment, comme chaque participation à un projet Wikimédia, il s'agit de partager tout ça sous licence libre.

Et puis la machine s'est emballée. Un modèle {{Mérimée}} a été créé pour lier chaque photo à la fiche idoine dans la base. Des monuments déjà abondamment photographiés, mais à chaque fois sous le même angle, on été revisités, comme le Parlement de Bretagne et sa place, ou Notre-Dame-en-Saint-Melaine. Des façades ont été auscultées pour en faire ressortir d’insoupçonnés détails (sur la cathédrale, par exemple). Bref, en fin de compte, tous les MH de Rennes sont désormais photographiés.

Il ne reste plus qu’à les transférer sur Commons, a mettre le lien vers la bonne fiche Mérimée, à géolocaliser correctement et à trouver (et/ou créer) les catégories idoines pour que tout ça soit exploitable. Autant dire que Rennes sera sans doute la première grande ville française à avoir une photo libre de chacun de ses monuments historiques. Mais ce sera en 2010 !

Bonne fin d'année.

mercredi 18 novembre 2009

Du bon usage des listes

http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Palais_Bourbon_-_Jules-Ars%C3%A8ne_Garnier.JPG
Une récente votation l’a confirmé : sur la Wikipédia francophone, une liste ne peut être de qualité. Soit, puisque la communauté l’a décidé, c’est que ça doit être vrai. C’est donc aussi que le boulot qui est fait pour l’élaboration d’une liste n’est pas du travail encyclopédique, enfin, en tout cas, c’est ce que certains laissent entendre dans leurs arguments.
Comme d’habitude, je n’ai pas pris part à cette consultation, pensant peut-être ingénument que la rédaction d’articles est souvent une occupation plus enrichissante sur Wikipédia que la participation à ces grands débats qui font florès. Sur le coup, je dois bien dire que je me suis quand même senti un peu con.

Il se trouve que, entre le « wikisourçage » des rues de Rennes et la « Commonsisation » des monuments historiques de ma bonne ville, il m’arrive de m’occuper des élus ayant représenté mon département à l’Assemblée nationale. Récemment, je me suis occupé de la liste qui leur est consacrée sur Wikipédia.

Il y a quelque temps, je l’avais déjà enrichie des noms de tous ceux qui avait été députés depuis la Libération. Sur Wikipédia, on a souvent l’impression que l’histoire politique française a commencé avec la XIIe législature de la Cinquième République, celle qui a commencé en 20021, comme l’essor de la version de la version francophone de l’encyclopédie en ligne. Autant dire que ça demande un certain boulot de fouilles dans les archives de remonter jusqu’en 1945.

À l’image de ce qu'avait initié mon camarade amateur de jus de raisin sur la liste des maires de Rennes, j’ai trouvé intéressant d’agrémenter cette liste d’une frise chronologique permettant, d’un coup d’œil, d’avoir une vision synthétique de l’évolution politique d’un territoire. Bien sûr, certains des raccourcis que j’ai choisis2 sont critiquables, mais le principe d’une liste est de synthétiser les informations et d’inviter le lecteur à découvrir les articles dédiés à chacun de ces élus.

En farfouillant un peu, je suis tombé sur une liste de députés que je ne connaissais pas : celle des élus de la VIIe législature de la Cinquième République3. Là, je dois dire que j’ai eu un choc : liste indigeste basée uniquement sur l’ordre alphabétique et, surtout, aucune étiquette politique n’est indiquée.

Je ne suis pas sûr de faire des listes de qualité en m’attaquant aux députés bretons4, mais je suis sûr que les listes de daube, ça existe bel et bien sur Wikipédia !

1 : Parfois même c’est encore pire ; au hasard, allez jeter un œil sur la liste des députés de la Seine-Maritime.
2 : J’ai ainsi délibérément choisi d’affecter la même couleur aux députés MRP, UDF et Nouveau Centre au nom d’une certaine continuité idéologique et d’un positionnement revendiqué au centre-droit ; idem pour ceux du RPF, de l’UNR, du RPR et de l’UMP. La création de l’UMP en 2002 fait que nombre d’entre eux changent de couleur dans la frise, sans pour autant que cela marque une évolution idéologique notable.
3 : Seuls députés de la Cinquième élus à la proportionnelle, il était, il est vrai, difficile de les faire figurer dans un des articles consacrés à chacune des circonscriptions législatives.
4 : Je me suis ensuite attaqué aux élus de Loire-Inférieure (puis Atlantique) voisine avant d’envisager d’appliquer la même méthode aux trois autres départements bretons.

samedi 14 novembre 2009

En flanant dans les rues


Il y a quelque temps, dans un précédent billet, je vous faisais part de mon engouement pour ces illustres personnages de ma bonne ville de Rennes que j'essaie, modestement, de faire sortir de l'oubli en leur consacrant quelques lignes dans Wikipédia.

Or donc, en un jour pluvieux, je me retrouvais tout en haut de la bibliothèque des Champs Libres à chercher quelque information propre à alimenter « mes » articles quand je suis tombé sur une perle. Bien sûr, l'objet ne paie pas de mine : un mince volume coincé entre deux imposantes anthologies consacrées à l'histoire de la Bretagne. Mais, sa date de publication m'a interpellé : 1883. Voilà donc un ouvrage qui est dans le domaine public et aurait donc sa place dans Wikisource !

Je remarque ici que, tout à l'enthousiasme de ma découverte conjointe de Wikisource et du Dictionnaire de Trévoux, je n'ai guère parlé de ce projet dans un billet de juillet. Alors, pour ceux qui l'ignore, ce projet méconnu soutenu par la Wikimedia Foundation est formidable. Il s'agit d'un wiki dont le but est de collecter les scans d'œuvres libres pour les retranscrire et en favoriser ainsi la libre utilisation par tout un chacun.
Quand un wikisourcien a dans les mains un ouvrage tombé dans le domaine public, ce n'est pas l'instinct du bibliophile qui s'éveille en lui ; point d'émotion devant des pages marquées par le temps et couvertes d'inscription presque illisibles. Au contraire, plus le texte est lisible, mieux ça vaut : dans le cas des Notices sur les Rues, Ruelles, Boulevards, Quais, Ponts, Places & Promenades de la ville de Rennes, point de souci, les pages sont propres et le texte apparaît clairement. Direction donc le scanner que la bibliothèque met aimablement à la disposition de ses lecteurs et, après quelques tâtonnements informatiques1, le fichier scanné est intégré à Wikisource. Les « cyber-moines copistes » peuvent commencer leur travail et ça va bon train. La version finalisée du texte est consultable sur cette page, elle concerne les 48 premières pages − lues, relues et validées − d'un livre qui en compte 93. Autant dire que très prochainement tout le texte du livre sera en ligne.

Une fois passée la satisfaction du projet bien enclenché, à défaut d'être fini, se pose la question inévitable : « C'est bien gentil tout ça, mais ça sert à quoi ? »

Il est vrai que l'intérêt « wikipédien » d'un tel ouvrage ne saute pas forcément aux yeux. L'encyclopédie étant ce qu'elle est, l'intérêt d'avoir un article dédié à toutes les rues de villes importantes est régulièrement débattu. Ainsi, en juillet 2008, une PàS musclée concernait des listes de rues belges. Un des débatteurs avait sorti une formule qui fait désormais florès : « On peut difficilement comparer les rues de Bruxelles avec les rues de Paris, pour lesquelles existe une bibliographie importante où la plupart des rues de Paris sont traitées et commentées » ; ce que certains ont eu tendance à résumer en : « les seules rues méritant d'avoir un article dans WP sont celles de Paris ».
Sans abonder cette position extrémiste, force est de constater que Wikipédia n'est peut-être pas le lieu idéal pour avoir un article sur chacune des rues de Rennes2. Un article aurait sa place sur un wiki territorial, comme WikiBrest ou WikiManche, mais il n'existe pas (encore ?) de tel site communautaire sur Rennes ou sur l'Ille-et-Vilaine.
Une lecture attentive des Notices sur les Rues, Ruelles, Boulevards, Quais, Ponts, Places & Promenades de la ville de Rennes permet cependant de dénicher certaines informations qui méritent d'être partagées dans l'encyclopédie en ligne. Pour ne citer qu'un exemple, on y trouve quelques éléments de biographie sur Hippolyte-Jean-François Le Graverend, un ancien député qui aurait sa place dans Wikipédia.

Personnellement, je pense que l'intérêt est surtout patent pour tous ceux qui s'intéresse à l'histoire de la ville. En dressant un inventaire exhaustif des rues de la capitale bretonne, cet ouvrage permet d'en tracer un plan précis qui peut être comparé avec le tissu urbain actuel. Pour ce faire, il existe un formidable outil libre pour cartographier un territoire : c'est OpenStreetMap. Le géographe libriste que je suis est forcément intéressé par ce projet mondial de carte coopérative libre. À Rennes, il y a une très active communauté qui a réalisé la cartographie de la totalité de la commune. C'est parfait pour faire des cartes libres de la ville et retrouver facilement son chemin. Par contre un truc me chiffonne : je ne sais pas comment faire pour ajouter quelque part un calque indiquant les rues existant à la fin du XIXe siècle. Voilà pourtant une application que j'aimerais bien voir développée.

Et puis cela permettrait sans doute d'avoir une carte d'évolution urbaine plus exacte que celle que j'ai réalisée pour l'article Rennes de Wikipédia.

1 : Il s’agissait là de mon premier apport à Wikisource à partir d’un document sur papier, d’où un scan parfois un peu de biais et un fichier DjVu pas terrible, malgré de bons scans et une page d’aide très utile.
2 : Malgré une exploration du site de la ville, il est d’ailleurs impossible de savoir facilement combien il y en a actuellement ; il y en avait 206 en 1883.

mercredi 21 octobre 2009

Ça fait drôle de vieillir

Il y a quelque temps, l'aimable canidé helvétique nous faisait partager son sentiment sur la bizarrerie des relations entre wikipédiens.

Aujourd’hui, à chaque fois que je vais sur Wikipédia, un bandeau jaune surgit en haut de la page : « Vous avez un nouveau message ». Pas de panique cependant, je sais qu’une fois par an, les messages qui s’accumulent tout au long de la journée seront plutôt sympas pour cause d’anniversaire. Grâce en soit rendue à un modèle qui apparait chaque jour sur le Bistro et rappelle quels sont les valeureux contributeurs qui vieillissent en ce jour.

Comme dans la vraie vie, ça peut en énerver certains ; libre à eux de ne pas s’inscrire dans la liste en question. Personnellement, j’aime bien ça. Peut-être parce que c’est souvent l’occasion de venir faire un petit salut sur la page de gens dont on apprécie les contributions.

Au mitan de cette journée, vingt-deux y sont allés de leur petit message ; dans le lot, j’en connais tout juste 50 % en vrai, et quelques autres avec lesquels j’échange régulièrement via IRC.
Ce qui m’interpelle chaque année, c’est de voir que nombreux sont ceux que j’ai rarement, voire jamais, croisés qui viennent me saluer. Même quand on est plutôt discret dans les différentes pages de discussion, ça fait drôle. Mon ego me pousserait à croire que mes actions sont plutôt appréciées. Plus prosaïquement, je pense qu’il doit y avoir des spécialistes du bonanniversairage qui cherchent par là une certaine reconnaissance.

Décidément, sur WP comme ailleurs sur le Net, les voies de la convivialité sont assez tortueuses.

vendredi 16 octobre 2009

Que reste-t-il de nos cent ans ?



Le Wikiconcours « flash » de septembre dernier a été l’occasion pour l’équipe à laquelle je participais de se plonger dans l’histoire de notre ville : Rennes. Déjà, il y a un an de cela, nous avions constaté que notre cité plus que bimillénaire méritait mieux que l’article indigent qui lui était consacré dans Wikipédia. Notre angle d’attaque de cette année était les personnalités marquantes de l’histoire de la ville, et plus particulièrement ses maires.

Le problème est que l’on est vite confronté aux limites d’internet quand il s’agit de parler de l’histoire récente. Les règles de la Toile faisant que l’on est soit dans une logique de promotion immédiate de ce que l’on fait1, soit dans un souci de valorisation du patrimoine historique à travers les sites plus ou moins mis à jour des érudits locaux ou les inventaires abscons du patrimoine. Par contre, il est très rare d’y trouver trace de ces élus locaux qui ont contribué à la construction d’une cité. Il n’y a pas de mystère ; il faut alors retrouver les bonnes vieilles sources écrites.

Le problème c’est que quand on a mis le doigt dans l’engrenage, on se fait vite happer. Ainsi, je me suis attaché à la personne de Jean Janvier, premier édile de la ville de 1908 à 1923, qui est connu de tous les Rennais pour avoir donné son nom à l’imposante avenue qui part de la gare vers le centre-ville. Coup de bol, ce sympathique notable de la Troisième république a vu ses mémoires publiées il y a quelques années par les excellentes Presses universitaires de Rennes2. Par contre, baser entièrement un article sur cette source, ça fait un peu léger… Du coup, il n’y a guère d’autre solution que d’explorer les journaux de l’époque, notamment la collection complète des Ouest-Éclair qui occupe une entière armoire de microfilms au dernier étage des Champs Libres. Et là, c’est le drame…

Dans une langue qui sent bon les encriers et le sarrau troisièmerépublicain, on voit s’entrechoquer la politique étrangère et le banal accident de circulation ; quand la mise en coupe réglée du Maroc se retrouve à avoir autant d’importance que la mort de la veuve Denis dans un accident place de Bretagne. Et puis surtout, les joutes électorales de l’époque sont un ravissement : la menace de l’invasion bolchevico-maçonnique de la tranquille préfecture d’Ille-et-Vilaine est brandie quand le fort modéré socialiste Carle Bahon se retrouve au poste de premier magistrat en 1925.
On voit aussi en 1908, le ravissement de la presse locale quand un aussi honorable personnage que M. Janvier, déjà chevalier de la Légion d’honneur, accède au bureau de maire de la ville. Mais, au fait, qu’apprenons-nous de l’honorable Eugène Pinault3 qui l’a précédé en 1900 ?
Et c’est reparti pour un tour, on file chercher la bobine de mai 1900 et on retrouve encore les craintes qu’inspire l’Allemagne, les joies de la progression de la civilisation dans le Maghreb grâce à nos régiments coloniaux… et les accidents de circulation sur les quais encombrés de la Vilaine. Et aussi, on lit la satisfaction de voir une personnalité telle que M. Pinault mener les destinées de notre cité à l’orée du nouveau siècle.

Que fait alors le modeste wikipédien ? Il prend des notes, scanne les pages et se dit qu’il a, encore, les bases d’un nouvel article à écrire. Sera-t-il lu un jour ? Peu importe, ça fait toujours un lien rouge en moins !

1 : Dans ce cas aucun problème pour tomber sur le blog du plus obscur conseiller général, ce qui n’est pas sans poser des problèmes de neutralité, sans parler de l’admissibilité
2 : Jean Janvier (préface de Edmond Hervé), Quelques souvenirs, Presses universitaires de Rennes, coll. « Mémoire commune », Rennes, 2000, 339 p. (ISBN 2-86847-550-7). Édition, présentation et annotations de Jean-Yves Andrieux et Catherine Laurent.
3 : Aucun rapport avec un autre honorable M. Pinault, plus contemporain, qui ne sera sans doute jamais maire de Rennes.

vendredi 18 septembre 2009

Photographiez, il en restera toujours quelque chose


Il a surgi hier en fin de matinée en haut de toutes les pages de la Wikipédia francophone. Personne n'a pu le louper. « Il » c'est un bandeau spécialement apposé à l'occasion des Journées européennes du patrimoine : « Vous trouvez que Wikipédia manque de photos ? Vous pouvez nous aider ce week-end ! »

Message efficace et accrocheur : une façon de rappeler à nos nombreux lecteurs que Wikipédia, c'est eux, nous, tout le monde, qui le fait. Une façon intelligente de dire aussi : « arrêtez de râler sur le contenu de l'encyclopédie, venez participer. »
En effet, à l'heure où le numérique est entré dans tous les foyers, la photographie est devenu un hobby largement répandu. Or, malgré les efforts de certains contributeurs qui ont la manie de photographier l'insignifiant pour illustrer les articles, il faut bien avouer que bien des articles manquent d'illustrations. Au-delà de l'aspect cosmétique, c'est aussi une façon de montrer efficacement et simplement à quoi ressemble telle commune ou tel monument.
C'est donc une bonne idée d'utiliser le sitenotice pour encourager le développement de la base de données multimedia.

Mettons-nous donc dans la peau d'un lecteur lambda un instant et cliquons donc sur le lien. Nous voila arrivés sur une page qui explique comment faire pour contribuer à cette grande œuvre. En fait, on se rend compte qu'il y a deux options :
  • Soit on dispose d'un compte (ou on est prêt à en créer un) et on peut télécharger téléverser sans problème des photos sur Commons : tout est expliqué. On espère seulement que les utilisateurs peu familiarisés avec ce site penseront à bien remplir les rubriques nécessaires…
  • Soit on ne veut pas se créer de compte et le message explique la marche à suivre. Tout est dit, il suffit de suivre les indications. Les principaux problèmes sont évoqués : nécessité d'indiquer l'auteur, obligation de placer son travail sous licence libre, description du sujet (ça va mieux en le disant), interdiction de prendre en photo une œuvre d'art qui n'est pas libre. Après avoir lu tout ça, il suffit d'envoyer le tout à info-fr@wikimedia.org où les braves volontaires OTRS sauront gérer tout ça avec maestria.
En fait, c'est plus simple de s'ouvrir un compte, non ? Mais si ça peut permettre à des lecteurs de désacraliser le fait de participer, pourquoi pas. D'ailleurs, il y a déjà quelques photos dans la boîte à lettres.

Le problème, c'est que l'info a été reprise par Libé et, là, on ne s'embarrasse pas avec le point essentiel : les photos (et donc leur sujet) doivent être libres. On risque donc de pas mal s'amuser pour gérer tout ça : les volontaires OTRS sont des bénévoles et ont donc autre chose à faire, or nous ne sommes qu'une petite vingtaine (et encore, il y a quelques fantomes). De plus, il va falloir gérer les ajouts faits sur Commons par des contributeurs de bonne volonté mais peu au fait qu'il n'y a pas de liberté de panorama en France. Je crains qu'il y ait un nouvel afflux de Pyramide du Louvre, de Champs Libres ou de Tribunal de Bordeaux ; les balais commonsiens ne vont pas rester au placard dans les semaines à venir, je pense, et, là aussi, on manque un peu de bras (30 admins francophones).

Ceci dit, l'expérience vaut le coup d'être tentée. Surtout si des contributeurs vont arpenter nos vertes campagnes qui ont le plus besoin d'être immortalisées.

mardi 1 septembre 2009

Joie de lire, plaisir d’écrire


Je ne me voyais pas démarrer cette nouvelle année sans y aller de mon petit message. Ah, la douce odeur des cahiers neufs et des stylos qui ne tâchent pas encore les mains ! Plus de trente ans après ma première rentrée¹ des classes à l’école maternelle Sainte-Thérèse, je ressens chaque année la même émotion…

Hélas, dans notre monde informatisé des années 2010, les claviers ne sont pas changés chaque année et on n’a pas la chance² de rencontrer de nouveaux copains de classe à chaque début du mois de septembre. Heureusement, en élèves studieux de la Toile, nous avons le Wikiconcours !

Le Wikiconcours est une invention merveilleuse pour rappeler à leurs devoirs d’encyclopédistes ceux qui, comme moi, se contentent de rajouter quelques babioles dans des articles existants, voire de retirer des inepties, voire de censurer honteusement des futurs stars du football, de la chanson ou du catch…
Oui, en cette période de rentrée, nous voilà invités à reprendre le chemin des bibliothèques pour participer à l’effort d’étoffage de notre chère encyclopédie. La tâche paraît ingrate cette année : il s'agit de participer au « désébauchage » de ces articles idingents qui sont la honte de notre projet. Vaste tâche en fait…

Hier soir, profitant de quelque fraîcheur retrouvée après une chaude journée, nous baguenaudions à travers la catégorie des ébauches d’articles concernant Rennes : pas moins de 57 articles répertoriés, dont certains sur des articles majeurs pour ma bonne ville. C’est cet après midi que j’ai vraiment pris conscience la tâche qui nous attendais, mes camarades et moi. Je me suis attaqué à François-Charles Oberthür, industriel majeur du XIXe.
Première surprise, le texte était un vague ramassis entre l’entrepreneur et son entreprise. Pire, une des sociétés créées après le dépôt de bilan de la société mère a eu le bon goût de s'appeler comme le patriarche. Résultat : deux articles différents dans WP, un avec le tréma et le second, sans !
Deuxième surprise, un de ses rejetons, entomologiste reconnu, bénéficie d’un article sur la Wikipédia anglophone, mais rien en français…
Enfin, la dernière surprise, c’est celle de mes camarades de l’équipe 35 qui ne vont pas me trouver à l’heure aux Champs Libres.

Je file donc à la bibliothèque retrouver la sérénité dans l’odeur des vieux bouquins qui ne manqueront pas de m’apporter des réponses sur les vies et œuvres des membres de la famille Oberthur (ou Oberthür, je ne sais plus).

1 : Pourquoi d’ailleurs parler de rentrée alors que c’était la première fois que j’entrais à l’école ?
2 : Ou pas, comme sur WP, d’ailleurs…

vendredi 21 août 2009

Il y a des jours comme ça…

Cet été, je remarque que ma manie de photographier des bâtiments des communes les plus insignifiantes de France et de sa proche banlieue (Bretagne, Romandie, etc.) semble plus contagieuse que la fameuse H1N1. Chez mon collègue canidé, l'excellent Erdrokan¹ faisait part dès juin d'un risque de contamination. Les symptômes se sont aussi révélés en Lorraine où mon collègue bip-bip a exercé ses talents de chasseur au cours de ses congés.
Quant à moi, bien qu'ayant parcouru la France et une partie du canton de Vaud, je dois avouer que j'ai été un peu fainéant sur ce coup-là. Pourtant, que de belles contrées nous avons traversées au cours de ce mois d'août, qui plus est par ces sympathiques routes qui pénètrent au cœur des villages. Mais voilà, j'ai remarqué que ce n'était pas aisé de shooter en étant au volant de mon rutilant bolide, surtout à travers une vitre approximative de Plexiglas héritée d'un tragique passage dans le Centre. Et puis, les quelques clichés pris au vol lorsque mon compagnon se décidait à prendre le volant pour quelque temps se sont avérés décevants. Et quand la photo était bonne, il y avait déjà eu un foutographe pour lui tirer le portrait ; moi-même d'ailleurs². Bref, la récolte a été maigre et j'ai eu peur de ne pas être à la hauteur de ma réputation.

Alors, profitant des quelques jours de canicule chaleur supérieure à 20 °C qui se sont abattus sur la Bretagne, j’ai décidé d’aller me rafraîchir sur les bords de la Manche. J’avais évidemment pris la précaution de me munir de mon appareil pour immortaliser tout ce que le Nord de l’Ille-et-Vilaine compte de mairies, églises et autres monuments historiques divers. Première étape, la riante commune de Saint-Symphorien, dont l'article sur Wikipédia caractérise bien la dernière syllable du toponyme. Il faut dire que ce bourg n’a que quelques mois d’existence en tant que commune puisque il n’a été érigé en commune qu’en 2008. Voilà, pensais-je, un sujet idéal pour illustrer non seulement l’article sur la commune, mais aussi le trop peu connu [[Modifications des communes d'Ille-et-Vilaine]], voire le chapitre « évolution » de [[commune française]]. Arrivé devant ce grandiose bâtiment, symbole de la fierté saint-symphorienne retrouvée après des années d’oppression hédéenne, je sors donc mon Nikon de son étui. Et puis, la tuile : « batterie déchargée ». Il y a des jours comme ça…

1 : Excellent, le chocolat de la Bonbonnière l’est aussi. À bon entendeur…
2 : Au passage, je ne peux que me réjouir de voir que ImageAnnotator est désormais disponible sur Wikimedia Commons. Ça promet de mieux pouvoir tirer parti des images de la médiathèque en ligne.

vendredi 14 août 2009

Il n’y a pas de commune dans le canton de Vaud


On a parfois d’étranges surprises quand on revient de vacances. Il y a bien sûr l’inévitable monceau de publicités variées qui traînent dans la boîte aux lettres, les courriels abscons qui bouffent de l’espace pour vanter tel produit miracle et la douloureuse surprise de constater que l’on est partis un peu précipitamment en oubliant de faire la vaisselle. Tout ça, c’est normal et ça fait partie du jeu.

Depuis que je participe à Wikipédia, j’ai aussi une manie : faire le tour des articles de l’encyclopédie pour voir ce qui est dit des merveilleux endroits où je suis allé. Et là, surprise, aucune des communes vaudoises que j’ai parcourues n’était catégorisée. Il y a avait bien quelques communes du Lavaux classées dans la catégorie Site construit à protéger en Suisse mais celà ne me semble pas trop en phase avec le souci de classer au mieux les articles. Le premier instant de surprise passé, je me suis rendu compte que celà était le cas depuis longtemps, en tout cas depuis le passage de StefBot le soir du 14 décembre 2007 (!).

Je ne m’étonne plus des agissements étranges de bots qui semblent, tels des automates cellulaires avoir leur propre existence. Ce qui m’interpelle le plus, c’est qu’aucun membre de la très active Cabale romande ne s’en soit aperçu avant moi.

La Suisse et Wikipédia sont décidément pleines de surprises !

lundi 3 août 2009

Où c’est donc ?


Pour faire la suite de mon post précédent, je voudrais envoyer quelques fleurs à un site très utile qui s'est bien amélioré depuis peu.

En plus de catégoriser et de décrire de façon la plus complète possible lorsque je téléverse des images sur Wikimedia Commons, j'essaie également de géolocaliser mes photos. C'est sans doute un défaut de géographe de penser que le lieu fait sens. Je pense cependant que cette indication a de nombreux avantages :
  1. Un article de Wikipédia n'est pas toujours géolocalisable ; le fait d'indiquer où la photo a été prise permet de voir quelle partie d'un vaste site ou d'un élément géographique est représentée (je pense notamment aux cours d'eau, aux massifs montagneux, etc.).
  2. Donner une indication précise permet à un wiki-photographe d'aller refaire une photo du même lieu dans un contexte différent : avec une meilleure lumière, à une autre saison, lors d'un évènement particulier, après la destruction d'un bâtiment, etc.
  3. Grâce à l'extension GeoCommons de Google Maps, on se rend aisément compte des lieux d'un ville ou d'une agglomération qui mériteraient d'être mieux couverts (voir cet exemple).
Hélas, mon appareil photographique n'est pas doté d'un GPS intégré et il me faut localiser les clichés après coup. On a vite fait le tour des sites qui retrouver aisément les coordonnées du lieu où se trouve. Google Maps permet d'avoir une bonne définition de photos aériennes, mais il ne dispose pas de système indiquant les coordonnées du lieu et je pense que la projection choisie ne respecte pas tout à fait le Lambert II en usage en France. Google Earth permet d'avoir les ccordonnées d'un point mais n'aime guère mon Ubuntu et ça plante très vite.

Il reste donc le Géoportail de l'IGN. Premier défaut du site : il est franco-centré mais ça ne me pose guère de problème pour 99 % des photos que je fais. Deuxième défaut, la qualité des photos aériennes est moins bonne que celle de Gougueule mais on réussit quand même à se répérer, surtout que la définition est la même pour l'ensemble du territoire.
Le troisième défaut qui existait jusqu'alors était l'extrême difficulté à se repérer en ville. Le meilleur niveau de définition des cartes était alors le 1/25 000 : idéal en campagne pour repérer et nommer telle chapelle ou tel château mais bien peu utile en ville. Heureusement, l'Institut géographique national a décidé d'ajouter une couche de plan de villes, ce qui permet de gagner considérablement en rapidité de repérage. Encore plus fort depuis quelques jours, la page d'acueil permet de se rendre directement à une adresse définie en remplissant la bonne case.

Je n'ai toujours pas l'intention de faire l'acquisition d'un GPS pour localiser avec une précision fine (et àmha inutile) mes photos. Je suis de ceux qui pensent que rien ne remplace une bonne carte.

L’Helvétie pour les lanternes


C’était il y a quelques jours. Sur le canal IRC de wikipedia, un contributeur faisait part de sa prochaine installation au pays des montagnes, des banques et du Rivella. Voilà, me disais-je l’occasion de faire partager les indispensables connaissances de base sur la confédération helvétique. Évidemment, il y a de très bons articles sur Wikipédia qui permettent de faire le tour de la question ; la communauté romande est particulièrement efficace sur le projet et ils ont déjà commis de nombreux articles de référence. Cependant, ce n’est sans doute pas suffisant pour qui est amené à habiter dans le pays et, grâce à mon camarade Ludo, j’ai découvert beaucoup plus pertinent pour connaître vraiment le pays : la Leçon de géographie suisse de Marie-Thérèse Porchet née Bertholet. Un must que je vous laisse découvrir :



Cette vidéo m’a donné l’idée d’aller voir ce que notre encyclopédie disait de la riante cité de Porrentruy (Pruntrut en Schwyzerdütsch).
Première surprise : l’interwiki nous apprend que les germanophones ont sobrement intitulé leur article [[Porrentruy]], ce qui m’a rappelé une polémique passée sur le titrage des articles en langue originale (cf. infra). Bref…
Deuxième surprise : l’article ne comprend aucune image ! Diantre, me dis-je, y aurait-il encore une ville suisse qui ait échappé aux sagaces objectifs des wiki-photographes ? Je me rends alors sur Wikimedia Commons pour voir s’il n’y aurait pas quelque image à dénicher pour illustrer l’article. Je ne m’attendais pas à trouver grand chose vu qu’il n’y avait sur l’article de Wikipédia aucun lien vers Commons. Et là, je suis tombé de haut : non seulement, il y avait une [[category:Porrentruy]] en bonne et due forme, mais, en plus, elle correctement remplie : 32 photos et images d’archive, sans compter celles du château.

En explorant un peu, je me suis rendu compte que la plupart des photos avaient été prises par un seul contributeur qui c'était en fait contenté de légender ses œuvres par un sobre : « Porrentruy en canton du Jura, Suisse » (en allemand, anglais et français, des fois qu’on soit mal-comprenant). Aucune autre catégorie n'a été rajoutée que « Porrentruy » et les titres des photos sont de simples numéros. Aucune erreur ne nécessitant un avertissement cependant : la source et la licence sont indiquées, les titres des photos ne reprennent pas le nom de fichier donné par l'appareil et les photos sont décrites et catégorisées. Du point de vue commonsien, l’essentiel est là ; rien à redire. Pourtant, ce contributeur, comme des milliers d’autres dans la médiathèque en ligne, semble oublier que l’intérêt de Commons, c’est de mettre à disposition des fichiers correctement décrits pour qu’ils soient réutilisés dans les autres projets. Et comment les utiliser si aucune description digne de ce nom ne les accompagne ? Ce genre de comportement est-il plus nuisible finalement que ces newbies qui reprennent des photos d’autres sites en faisant fi du droit d’auteur ?

Dans quelques jours, nous partons pour quelques vacances en Suisse. Comme d’habitude, mon appareil sera mis à contribution. Pour suppléer ma mémoire et celle de mon ami, je noterai sur mon petit carnet les infos nécessaires à ce que nos photos d’intérêt éducatif soient réutilisables. Sinon, quel serait l’intérêt de les partager sur Commons ?

vendredi 24 juillet 2009

Heureusement que Wikipédia n'est pas une encyclopédie


Plus j'avance avec mes nouveaux amis wikisourciens dans la transcription du Dictionnaire de Trévoux et plus je suis content que Wikipédia ne soit pas une encyclopédie. Ni même un dictionnaire, d'ailleurs.

Dès la préface de cet imposant ouvrage, on sait que l'on a sous les yeux le meilleur et le plus complet des ouvrages de référence de l'époque. En tout cas, c'est ce qu'on y lit entre les lignes. Il faut dire que l'un des objectifs de l'ouvrage est de faire état de « la multiplicité des idées qui produit & qui doit produire la multiplicité des termes ». En quelque sorte, nos Bons Pères (le Trévoux est rédigé sous la direction de Jésuites) posent les bases de la Neutralité de point de vue.
En poursuivant la lecture de cette préface, on découvre d'autres phrases que les wikipédiens ne renieraient pas : « le Public paroît pencher un peu plus du côté de ceux qui citent, que du côté de Ceux qui ne citent pas, […] il est, au contraire, flatté agréablement par la déférence & le ménagement que font paroître pour ses lumières ceux qui n’avancent rien, sans l’appuyer de preuves solides & de bons témoignages ». Aujourd'hui, et en un autre lieu, on dirait : « Citez vos sources ».
En plus, il n'est pas question de se poser en spécialistes de la question. À propos de la religion, on lit que les auteurs du dictionnaire se sont contenté « d’exposer les opinions sur lesquelles ces Héresies sont fondées, & cela d’une manière simple, sans sortir des bornes d’un Dictionnaire ». Quel admirable sens des limites d'un ouvrage qui doit rester simple de lecture ! Dans la même page, on lit même : « On n’attend point [du dictionnaire] qu’il s’érige en Controversiste mais qu’il rende les Controversistes intelligibles ». Dès le XVIIIe siècle, ce dictionnaire refuse donc de servir d'écho aux travaux inédits, forcément polémiques par nature.

Émoustillé par la lecture de cette alléchante préface, me sentant en pays de connaissance, je me suis donc lancé avec quelques autres dans la transcription wikisourcienne de cet ouvrage, persuadé de retrouver à chaque ligne des vérités fondamentales qui auront su traverser les siècles.
Éh bien, en fait, non.
Pas du tout.
À chaque page, le modeste encyclopédiste collaboratif du XXIe siècle que je m'efforce d'être bondit sur son siège. Les perles s'enfilent. Bien sûr, je m'efforce de contextualiser en fonction des connaissances de l'époque, de l'omniprégnence de la Religion (la Vraie, pas les autres hérésies), ou des tournures de phrases qui conduiraient aujourd'hui leurs auteurs au bûcher du « politiquement correct ». On sent partout la volonté d'avoir toujours raison ; contre les jansénistes, contre les oratoriens, contre les vocabulistes, etc.

En fait, je me dis qu'il est bien plus enrichissant de participer à un joli MMORPG où les débats sont ouverts, où les coups pleuvent, où on se déteste avec autant de vigueur qu'on s'aime. Un lieu où abondent les Pokemons, les joueurs de foot biélorusses et autres bestioles qui ne passeront pas plus à la postérité que certains des grands penseurs cités par le Trévoux.

Oui, Wikipédia n'est pas une encyclopédie. Tant mieux.

samedi 18 juillet 2009

Retour sur les RMLL


Il y a une semaine à cette heure-ci, les RMLL s'achevaient en apothéose avec deux interventions de représentants de Wikimédia France. C'était la fin de cinq jours de débats et d'échanges autour des logiciels et œuvres libres ; plus de 300 conférences et ateliers se sont déroulés autour de 17 thématiques.
C'était la première fois que j'assistais à cette manifestation qui fêtait sa 10e édition. Il faut dire que cette année, cela se passait à 100 km de chez moi et que j'étais disponible pour quelques jours. C'est avec une certaine expectative que je m' y suis rendu. Autant, la semaine précédente, il ne faisait aucun doute pour moi que Wikimédia France avait toute sa place aux Étés TIC de Rennes qui avait pour thème « Culture(s) et connaissances en réseaux ». Je craignais alors que nous soyons un peu noyés dans cette grand’messe du libre où les geeks de toutes sortes se battraient sûrement à coups de distributions et de lignes de codes, n'accordant qu'un regard dédaigneux au quidam qui se contente de mettre à jour quotidiennement son Ubuntu en évitant comme la peste d'avoir à saisir une ligne de commande.

Premier choc en entrant dans le hall de l'École polytechnique de l'université de Nantes : des livres. Et pas seulement des livres d'informatique. Ça m'a rassuré de voir que le partage libre de connaissance n'occupait pas une portion congrue de ce village du Libre où je m'apprêtais à passer 2 jours.
Deuxième surprise : un public varié. Malgré l'éloignement du centre de Nantes, des jeunes, des vieux, des curieux de toute sorte arpentaient les allées à la recherche d'informations sur les différents aspects du libre.
Et surtout, loin de se contenter de rester sagement derrière leurs stands, les exposants au badge violet (comme moi), les conférenciers, les organisateurs, même, discutaient, échangeaient, s'informaient.

C'est cette mise en place de réseaux qui est, à mon avis, l'un des intérêts majeurs de ce genre de rassemblement. L'une des grandes forces des logiciels et œuvres libres est la communauté d'utilisateurs, de développeurs ou de contributeurs sur lesquels il s'appuient. Souvent, et on le voit quotidiennement dans Wikipédia, une communauté a un talent particulier pour se lancer dans des chamailleries internes et à se regarder un peu le nombril. Il me semble important de tirer parti des synergies qui existent au sein de chacune pour tisser des liens en vue de favoriser le partage et la diffusion de connaissances libres. Et c'est souvent en se rencontrant physiquement que les choses avancent réellement.
Certains liens sont évidents, comme ceux existant avec Framasoft. D'autres mériteraient d'être développés. J'en vois deux sortes :
  • Les liens « techniques » avec les communautés développant certains outils spécifiques complémentaires de Wikipédia. Ainsi, des cartes libres élaborées dans le cadre du projet Open Street Map pourraient être intégrées dans l'encyclopédie et bénéficier ainsi d'une meilleure visibilité. L'intérêt est aussi de récupérer des contributeurs qui peuvent contribuer sur les deux projets ; je pense notamment à nos Wikicartographes.
  • Les liens de proximité avec notamment les groupes d'utilisateurs de logiciels et œuvres libres (GULL). Ces groupes ont notamment pour but de favoriser le développement des logiciels libres à travers l'organisation de journées Grand Public. À mon avis, il s'agit là de moments priviligiés pour permettre à des personnes pour qui Wikipédia reste un site qu'ils ne font que consulter de devenir, à leur niveau, des contributeurs. Alors que l'édition peut sembler de plus en plus complexe, il est important de désacraliser le fait d'écrire pour que tout un chacun puisse s'approprier le projet. Celà ne peut se réussir que si des rencontres « en vrai » sont organisées. D'autre part, les GULL disposent souvent de liens avec les institutionnels qui sont détenteurs de documents qu'ils pourraient rendre libres ; autant en profiter pour développer Wikimedia Commons et Wikisource.
Bien sûr des liens sont aussi possibles avec des personnes ou des entreprises n'appartenant pas à la communauté du libre. Si cela peut présenter un intérêt ponctuel en termes financiers, je doute fort qu'une collaboration basée sur autre chose que du mécénat puisse perdurer. La logique de partage libre de connaissances mises gratuitement à la disposition du plus grand nombre s'accommode mal avec une logique commerciale basée sur l'exclusivité.
Si la communauté veut assurer son renouvellement par l'élargissement de sa base de contributeurs, c'est à mon avis en se rapprochant des contributeurs, actuels et futurs, qui partagent une même communauté de valeurs.

Dans un prochain post, nous verrons comment une association peut jouer un rôle en fédérant un maximum de contributeurs autour de ces valeurs.

mardi 7 juillet 2009

Quand une lubie devient un acte de mémoire.

Début juillet 2009, faculté d'Économie de l'université de Rennes 1, les rencontres Étés TIC sont organisées sous le patronnage de la région Bretagne. Le programme de cette année : « Culture (s) et connaissances en réseaux : co-produire, innover, partager ». Une riche idée pour qui s'attache à développer la connaissance libre à travers sa participation aux projets de Wikimédia.

L'intérêt de ce genre de manifestation ne tient pas tant par la qualité et la pertinence des intervenants que par les échanges qui s'y développent. Bien sûr, avec les deux autres représentants de Wikimédia France, j'ai assisté à des interventions fort intéressantes, mais aussi à des présentations commerciales plus dispensables. C'est surtout autour d'un verre ou d'un café que se sont nouées les discussions les plus riches.

Ainsi, et c'est ce qui m'amène à pondre ce post, j'ai eu l'occasion de parler de mes contributions à Commons et, notamment de ma manie de photographier des bâtiments symboliques : mairies, église, gares, etc. Mon interlocutrice m'a alors dit tout le bien qu'elle pensait de ce côté monomaniaque. Outre l'idée de faire une base de données des bâtiments marquants d'une commune, elle y a trouvé une sorte de travail de collecte des lieux de sociabilisation dans nos provinces. Étant donné que j'ai une tendance à parcourir ces lieux pendant les week-ends ou les vacances, c'est sans doute donner une portée exagérée à mes œuvres. Mais je reste persuadé que cette collecte systématique d'images des lieux de représentation permet d'en dire parfois plus long qu'un article sur la perception qu'ont les municipalités (et avant elles, les paroisses) de leur importance. Ça me conforte aussi dans l'idée que Wikimedia Commons peut être une base de données extraordinaire, bien au delà des projets Wikimedia, grâce à son système de catégorisation bien plus rigoureux que dans bien des sites de partage d'images.

mardi 30 juin 2009

Ille est pas si vilain que ça.


J'ai reçu ce jour dans ma boîte aux lettres (la vraie, celle avec les pubs Carrefour et Cora) le numéro estival du trimestriel du conseil général. À la une, annonce du dossier : « L'Ille-et-Vilaine se penche sur son ADN, ce qui fait l'identité du département. »

Selon les photos, notre département est symbolisé par onze éléments :
  1. la galette saucisse,
  2. le Stade rennais,
  3. Chateaubriand,
  4. le rock,
  5. les Trans Musicales,
  6. la Marquise de Sévigné,
  7. Citroën,
  8. le festival Étonnants voyageurs,
  9. les corsaires,
  10. le Minitel,
  11. les vaches laitières.
Il existe sur Commons une étrange catégorie − Personifications of Nantes − qui se réduit aux seules images de la statue qui orne la fontaine de la Place Royale et dont l'intérêt me laisse plus que pantois. Je pense qu'il serait bon, dans la continuité de cette catégorie, de mettre en place, sur Wikipédia, une [[catégorie:Éléments constitutifs de l'identité de l'Ille-et-Vilaine]] qui permettrait d'y placer tous ces éléments marquant indubitablement et sans conteste le 3-5.

Évidemment, cette catégorie aurait vocation à s'étendre aux 99 (bientôt 100) autres départements dès lors que le conseil général compétent aura statué sur le sujet. Grâce à la catégorie chapeau [[Catégorie:Éléments constitutifs de l'identité des départements français]], le wikipédien pourra aisément connaître l'essentiel de chaque département et s'épargner la lecture ardue des articles standardisés qui les décrivent de façon critiquable dans notre encyclopédie.

L'angoisse du wikipédien au moment de créer un article

Dans un récent post, guillom montre que Wikipédia a tendance à s'emballer quand il s'agit de traiter une actualité brûlante et hyper-médiatisée. La mort du « King of the Pop » marque sans doute le paroxysme de la réactivité dont peut faire preuve la communauté, pour le pire ou le meilleur…

Hier, la lecture de la presse m'a fait penser que des évènements moins médiatisés pouvaient aussi avoir des répercussions importantes pour l'encyclopédie. En effet, chacun à leur échelle, Le Monde et Ouest-France abordent le serpent de mer du moment : le redécoupage des circonscriptions législatives. Pour m'être pas mal penché sur le sujet ‑ et avoir aussi contribué à la mise à jour de nombre d'articles les concernant‑ je dois dire que, malgré un cadre relativement bien défini, les articles concernant les circonscriptions législatives françaises sont souvent peu ou mal remplis. Après les élections législatives de 2007, je m'étais d'abord attaché à remettre en forme les circonscriptions législatives d'Ille-et-Vilaine : recherche des noms des anciens élus depuis 1958, précisions concernant le découpage, intégration des résultats depuis 1993 (avant c'est quasi impossible à retrouver). Pour rendre plus parlants ces articles, j'avais créé une série de cartes qui permettent de mieux visualiser leurs périmètres.

Mon angoisse du moment vient du fait qu'une huitième circonscription va être créée dans mon département. La commision ad hoc a même donné son aval et, en Ille-et-Vilaine, tout semble relativement consensuel. Vue l'ampleur de la tâche à venir, je me demande donc s'il ne serait pas opportun de devancer un peu l'actualité en préparant déjà les cartes, voire les articles, concernant cette évolution. En tout cas, je pense sérieusement qu'il sera opportun de remettre au point la façon dont les circonscriptions sont traitées dans WP, afin d'éviter les contre-sens comme « La première circonscription de XXX a été créée par le découpage de 1986 ».

vendredi 26 juin 2009

Pas pu m'en empêcher

Pour info : dans son avant-dernier post, Popo reprend l'info de DarkoNeko qui affirme que Poulpy critique Pierrot qui est un blogueur reprenant des infos sans rien rajouter, voire pire, en les déformant.

mercredi 24 juin 2009

Course à l'audience

Non, je ne parlerai pas de nucléaire et de son traitement dans Wikipédia, Ludo le fait très bien.
Je n'émettrai pas d'avis sur les fleuves comme Poulpy.
Je ferai encore moins un cours sur la personnalisation de Wikipédia via le monobook, Darkoneko est un professeur admirable.

Alors que faire pour attirer du monde en ces lieux ? Comment prouver au monde entier que, moi aussi, je suis capable d'intéresser des gens avec ce blog wikipédo-centré ? Comment, consécration suprême, parvenir à attirer pour quelques instants l'œil averti et perspicace de Pierrot sans critiquer une aussi vénérable institution que Le Figaro ?

Alors oui, j'ose.
Je me permets d'assouvir les plus bas instincts de mes lecteurs.
J'ai honte, mais, comme le disaient à peu près Bataille et Fontaine du temps de leur splendeur : "y a que l'Audimat qui compte".

Donc voici une photo cochonne :

vendredi 19 juin 2009

Et l'Art dans tout ça ?

Deux allers-retours dans mon ancienne ville m'ont permis cette semaine d'admirer quelques œuvres créées à l'occasion d'Estuaire 2009, la deuxième édition de la biennale d'art contemporain qui se déroule sur plusieurs sites entre Nantes et Saint-Nazaire.

Honnêtement, j'étais parti avec mon appareil photo avec pour objectif d'alimenter mon compte Flickr avec des photos étonnantes et édifiantes d'œuvres installées en ces lieux cent fois arpentés. Il n'était pas pour moi question d'en tirer un quelconque bénéfice wikipédiesque. Et pourtant, le soir venu, un célèbre contributeur octopode est venu m'interpeller sur l'opportunité de créer un article [[Estuaire 2009]], à l'image de [[Estuaire 2007]], créé en son temps. Un rapide coup d'œil m'a permis de me rendre compte qu’il y avait en fait tout un ensemble d'articles regroupés dans la Catégorie:Estuaire 2007 ! Soit. Et évidemment, comme il se doit, chacun des articles est illustré par une photo des dites œuvres. Mon balai commonsien commence à me démanger avant que je ne me pose la question qui vaille : « Et si (certaines de) ces photos étaient malgré tous admissibles ? »
J'entends déjà au fond de la salle des bonnes âmes qui s'émeuvent : « Comment celui qui supprime autant de photos de bâtiments qui ont eu le malheur d'être édifiés par des architectes pas assez morts peut-il soutenir qu'une œuvre, tellement contemporaine qu'elle vient à peine d'être mise en place, puisse avoir son image sur Commons, la médiathèque si libre qu'on a le droit de ne rien y faire ? »

En fait, au vu des œuvres présentées en ce moment dans l'estuaire et sa proche banlieue, on est amené à s'interroger sur la notion même de travail artistique protégeable par le droit d'auteur. On ne peut dénier que l'idée qu'a eue l'artiste et le discours lié présentent une originalité qui caractérise une démarche artistique. Cependant, doit-on considérer que la photo qui en résulte est une œuvre dérivée qui ne peut trouver sa place dans notre médiathèque en ligne ?

Pour y voir plus clair, je vous propose d'examiner le cas de trois œuvres que j'ai vues :
  1. À Lavau-sur-Loire, 川俣正 (Tadashi Kawamata, pour les non-nippophones) a installé dans les marais un cheminement en bois, semblable à ceux que met en place le Conservatoire du littoral pour protéger dunes et côtes sensibles, qui aboutit sur une tour permettant d'observer le site.
  2. Dans les douves du château des ducs de Bretagne, Stéphane Thidet a choisi de laisser baguenauder une meute de six loups, des vrais qui bougent et montrent les crocs (photo).
  3. Enfin, Céleste Boursier-Mougenot a transformé les halles du Bouffay en volière géante où des oiseaux volent à leur guise en se posant sur des Gibson simplement posées sur des trépieds et branchées sur des amplis.
Trois œuvres différentes, et qui suscitent chacune des émotions bien différentes. Cependant, il s'agit d'installations qui n'aboutissent pas à créer des objets dont l'apparence visuelle est clairement originale. Pour reprendre mes exemples, si une photo de l'œuvre n° 1 est considérée comme un copyvio, alors que dire d'une photo de ganivelles mises en place dans les dunes de Saint-Hilaire-de-Riez ? De même, suis-je l'auteur d'un plagiat si je laisse mon serin jouer avec ma guitare et que j'en tire une photo ?
C'est là que l'on sent bien la difficulté de définir un seuil d'originalité, à l'image du Schöpfungshöhe défini par le droit allemand. L'art contemporain est friand de ce genre d'installations qui ne sont pas des créations d'objets artistiques mais vont au-delà en explorant d'autres sens que la seule vue. Ainsi, l'œuvre n° 2 ne peut se comprendre que si on a l'habitude des douves du château et c'est le caractère exceptionnel de la présence de loups en ces lieux qui suscite une émotion artistique, contrairement aux ours du Bärengraben.

À mon avis, dès lors qu'il ne s'agit que d'une reproduction partielle d'un œuvre et que la photo ne rend compte d'aucune recherche esthétique autre que celle du photographe, on devrait considérer que la reproduction de certaines œuvres contemporaines est bel et bien libre.

lundi 8 juin 2009

L'Europe ! l'Europe ! l'Europe !

Hier soir, il y avait une soirée électorale. Comme prévu, le score de participation a été bas. Comme d'habitude, les chaînes nationales ne se sont intéressées qu'à l'Hexagone. Comme toujours, les mêmes politiciens nationaux sont venus parler de politique nationale. Et les indéboulonnables Jaffré et autres analystes sont venus parler doctement de ce que « les Français ont voulu dire » et de ce que « les Français ont voulu faire » oubliant qu'eux-mêmes le sont.

Pendant que ma télé serinait en fond sonore, je me suis attaché, comme d'habitude après chaque élection, à mettre à jour les fiches biographiques des nouveaux élus sur Wikipédia, en me concentrant sur ma région, à savoir la circonscription Ouest. Que de fois, on a entendu que ces élections ne passionnaient pas les foules en raison du manque de notoriété des candidats ! Je m'attendais donc à passer une nuit blanche à créer des ébauches de biographies de ces nouveaux députés, même si avec 9 élus, ça devait aller assez vite.

Éh bien, non. Les élus ne sont pas tant inconnus que cela, en tout cas selon les critères d'admissibilité wikipédiens. Il y a certes quatre réélus mais les cinq autres sont des nouveaux venus dans un parlement, critère qui permet à un élu de figurer d'office dans l'encyclopédie. Parmi eux, trois disposaient déjà d'un article dédié dans l'encyclopédie :
Au final, seuls deux élus ont vu leurs articles créés par mes soins au cours de cette soirée :

Conclusion n° 1 : les candidats à ces élections n'ont pas été si mal choisis par les différents états-majors et ont sans doute plus de notoriété que veulent bien le croire les médias nationaux.

Conclusion n° 2 : les critères de notoriété des personnalités politiques, que d'aucuns voudraient voir élargis au moindre notabliau local, sont assez pertinents pour accueillir des personnalités dont l'engagement politique présente un vrai intérêt.

Conclusion n° 3 : il y a 736 élus au parlement européen. Il en reste encore à créer : n'hésitez pas !

mercredi 27 mai 2009

Revenir


Encaisser les chocs.
Compter les poignards injustement reçus.
Ne plus se sentir à sa place.
Se dire que quelque chose doit changer.
Et, comme une évidence, se décider à partir.

Couper les ponts.
Ranger les souvenirs.
Emballer le présent.
Démonter le nécessaire.
Et, enfin, reprendre sa route.

Transporter.
Remonter.
Déballer.
Être tiraillé.
Et, tout de suite, se sentir à sa place.

Redécouvrir des lieux oubliés.
Réapprendre des souvenirs.
Se surprendre à découvrir le quotidien.
Se perdre dans des chemins qui ne sont plus tout à fait les mêmes.
Et, pourquoi pas, s'inventer un nouveau futur.

Investir le présent.
Boire l'instant.
Dévisser parfois.
Goûter l'inattendu.
Et, finalement, se dire que c'est une bonne idée de revenir.

vendredi 15 mai 2009

Ça cartonne


C'est marrant, la geekitude.

Après l'expérience du blog sur papier, je me rends compte que je suis bien atteint. Mon appartement est en cartons et en pièces détachées, mon frigo est débranché ; le seul truc qui marche encore, c'est l'ordinateur (pas portable) et la connexion internet. En attendant les copains déménageurs, je suis assis en tailleur par terre avec le clavier sur les genoux.

Le pire, en cette période de transition, c'est que je trouve encore le temps d'aller voir la vie Wikip(m)édienne.
Et cette semaine, je suis tiraillé par une de ces micro-polémiques dont nous avons le secret. ça se passe ici et la question semble anodine : comment intituler un article sur des œuvres universelles dans une encyclopédie francophone ? Le sondage lancé le 29 avril aboutit à un quasi match nul (je ne reviendrai pas sur la présentation orientée des résultats ni sur le fait que l'initiateur close lui-même). En fait, on s'en fout un peu du résultat ; ce qui compte c'est le débat.
Je dois bien avouer que je me lasse très vite des discussions sans fin mais là, le sujet me tenant à cœur, j'ai examiné le cas d'un peu plus près.

À ma droite, un contributeur volontiers polémique qui s'étonne que le sacro-saint principe de moindre surprise soit à ce point baffoué par une cotterie de mélomanes plus ou moins avertis qui a tendance à se retrouver dans un lieu étrange.
À ma gauche, une dynamique animatrice du projet musique classique qui sait fédérer autour d'elle par son dynamisme quitte à ne pas avoir sa langue dans sa poche.
Résultat des courses, pour l'instant ; tout le monde campe sur ses positions, les arguments et contre-arguments volent de plus en plus bas, l'initiateur du sondage intervient à tout bout de champ au lieu de conserer une neutralité de bon aloi. Sondage tragique sur Wikipédia : deux morts (un canard et une agrume).

Quant au fond, je me suis exprimé sur la page concernée ; je ne vais pas revenir dessus. Pour prolonger, je pense qu'on se retrouve ici dans un cas emblématique de friction entre le souci d'une culture mise à la portée de tout le monde francophone, quitte à utiliser des biais de traduction pour le moins étranges (cf. Der Fliegende Holländer) et la volonté de développer un savoir universel en respectant au mieux l'œuvre créée. Afin de ne pas brusquer un bon peuple francophone, et singulièrement français, réputé peu ouvert aux langues étrangères, on se devrait de proposer une culture pré-digérée et ne pas surprendre le brave lecteur en lui rappelant que le même Wolfgang a composé des opéras en allemand, comme Die Entführung aus dem Serail, mais aussi en italien, comme La finta semplice. Quoi de plus simple que de titrer l'article principal en fonction ?

Le débat est sans doute sans fin. Je retourne à mes cartons.

jeudi 7 mai 2009

Vue du train


Comment peut-on encore, en 2009, voyager en train sans avoir le bon sens de se munir d'un ordinateur portable ? Je me pose cette question quand, une fois achevé le trop facile sudoku de Libé, je me retrouve contraint à contempler les vaches sarthoises et les éoliennes beauceronnes. Et dire que j'ai plein d'idées pour alimenter mon blog avec un nouveau billet d'une rare pertinence ! Soudain, je me rends compte que, à défaut de technologie poussée, j'ai sous la main papier et crayon qui me permettent aussi d'écrire. C'est donc (presque) en direct du TGV 8828 que je vous livre mes pensées du jour.

Cela faisait longtemps que je n'avais acheté Libé. En fait, ça doit dater de mon dernier voyage en train entrepris avant l'heure de parution du Monde. Je ne regrette pas ma lecture du jour ; deux articles m'ont particulièrement interpellé.

En haut de la page 10, une brève nous annonce la nomination officielle de Charles Aznavour
comme ambassadeur d'Arménie en Suisse. Immédiatement, je me demande qui sera le premier contributeur à ajouter [[Catégorie:Diplomate arménien]] sur l'article du chanteur-acteur franco-helvético-arménien. Je me demande aussi si l'information sera correctement sourcée : c'est-à-dire par la référence à l'arrêté officiel et pas par un lien vers un article de journal ou une dépêche AFP (voire, pire, par un lien vers Wikinouvelles, le site qui est à l'information récente ce que la musique militaire est à la médecine).
Je me dis aussi que lors d'une visite à Berne l'été dernier, Mme la Présidente eût été mieux inspirée de prendre en photo l'ambassade d'Arménie en Suisse plutôt que celle du voisin. Avoir Aznavour comme locataire, ça vous fait clairement entrer votre ambassade dans les critères de notoriété d'admissibilité !

Page 32, c'est Christian Paul qui fait la der'. « Dopé par l'Hadopi » : on voit bien quel lectorat vise l'ancien canard de July avec ce titre. Je tombe évidemment dans le panneau en bon cyber-bobo trentenaire vaguement libertaire. Le portrait est ma foi agréable à lire et on est bien content de savoir que M. Paul aime l'opéra et l'art contemporain et qu'il ne se fait guère d'illusion sur le caractère légal des cyber-activités de ses enfants.
Contrairement à d'autres parlementaires, on pressent que le député de la Nièvre connait bien le sujet. On pressent seulement parce que quand on lit Libé, on est forcément anti-Hadopi et les arguments de l'ancien secrétaire d'État à l'Outre-mer ne sont pas très développés. Tous les lecteurs occasionnels de Libé ne sont pas forcément des acharnés de Vendredi et/ou des habitants de la blogosphère. Comment ne pas être dubitatif quand on voit que des esprits vifs comme Patrice Chéreau ou Juliette Gréco défendent avec vigueur cette loi désormais honnie par les élus de gauche ?
En fin d'interview, deux phrases s'entrechoquent : « [...] on ne fera pas du neuf avec de l'ancien. Demandez à Susan Boyle si elle regrette l'existence d'Internet. » Primo, malgré le talent que l'on peut deviner grâce à la fameuse vidéo de YouTube, je ne pense pas que Miss Boyle soit l'archétype de la modernité. Secondo, un buzz n'existe vraiment que s'il quitte la sphère d'Internet ; Suzan n'aurait jamais été aussi connue si son histoire n'avait été reprise par les journaux papiers et la presse audio-visuelle.

Bon, on arrive à Montparnasse ; je me déconnecte.

mercredi 6 mai 2009

800 000 articles sur Wikipédia, et moi, et moi, et moi ?

Ca y est, c'est fait. La Wikipédia francophone compte officiellement plus 800 000 articles.
Émotion bien compréhensible sur le Bistro du jour : on se chamaille pour savoir qui a eu l'honneur de créer cet article et déjà on se dit que In Real Time est sûr d'avoir sa place dans l'histoire.
Déjà, je pense à l'émotion qui submergera mes petits-neveux quand je leur raconterai avoir connu cette journée historique. On attend avec frénésie la sortie du communiqué de presse de Wikimédia France pour louer la création de ce 800 000e sujet encyclopédique francophone. On murmure déjà que LPLT, l'auteur de cet article, est bien placé pour devenir chevalier des Arts et Lettres lors de la promotion du 31 juin prochain.

Ou pas.

En fait, on s'en fout un peu, non ?

jeudi 30 avril 2009

Vous reprendrez bien un peu de rouge ?


L'autre soir, scène emblématique sur IRC, vous savez, le truc où la cabale se réunit et où tout le monde est toujours d'accord (cf. infra).
Je laissais donc, comme souvent, traîner un œil sur le canal #wikipedia-fr quand un des patrouilleurs nous alerte sur les méfaits d'un utilisateur non enregistré qui retirait les liens rouges des articles. Et hop, en moins de temps qu'il ne faut pour dire « Ne mordez pas les nouveaux », le dangereux malfaiteur se retrouve bloqué pour atteinte grave à l'encyclopédie.

Il faut dire que le lien rouge est au cœur du projet ; 5 470 hits Google pertinents, ce n'est pas rien ! Quand on commence à mettre le nez dans les pages de discussion et les pages communautaires, on est forcément confronté à cet étrange objet. Un projet lui est même consacré.

Le lien rouge, pour ceux qui ne connaissent pas le projet, c'est un lien hypertexte créé dans une page d'un wiki et qui ne pointe sur aucun article. C'est un outil d'une formidable utilité pour créer facilement un article déjà lié à un autre. C'est aussi un élément hautement suspect. En fait, à travers la gestion des liens rouges, on retrouve une ligne de fracture nette au sein du projet :
  • D'un côté, les tenants de l'encyclopédie parfaite. Pour ceux-là, l'AdQ est le Graal et tout article doit être amené à devenir un jour un AdQ, un Bon article au pire. Tout le reste n'a pas lieu d'être. La moindre faute d'orthographe est traquée, le moindre élément douteux se retrouve affublé d'un {{refnec}} et, si le cas est particulièrement aigu (ou pas.) , les bandeaux d'avertissement fleurissent. On est là pour monter un ouvrage de référence, avec des infos bétons et il n'y a pas de place pour l'à peu près. Le moindre lien rouge qui traîne est fatal à l'article proposé au label AdQ et l'imprudent proposant se retrouve renvoyé dans les cordes… pour une histoire de liens.
  • De l'autre, les tenants du projet en perpétuelle évolution. Pour ceux-ci, le maître mot est « N'hésitez pas ! ». L'objectif de mettre toute la connaissance du monde à disposition de tout le monde ne peut être atteint que si, en permanence, des articles se créent à partir d'autres. Les listes sont alors privilégiées : faciles à créer, ne demandant pas une aisance rédactionnelle particulière, elles sont parfaites pour synthétiser des informations que l'on retrouve souvent éparpillées à travers la Toile. Surtout, comme on peut le voir ici, elles sont de vrais nids à liens rouges qui permettent de mesurer tout ce qui peut encore être créé dans Wikipédia. Le moindre cours d'eau, le moindre élu local peut ainsi avoir droit à son article, créé pour faire disparaître un lien rouge.
Pris entre deux feux, le modeste wikipédien qui passe de temps en temps un coup de balai oscille. Wikipédia est-elle vouée à l'excellence ou est-elle destinée à rester un chantier permanent ? Doit-on aller jouer au même niveau que les « vraies » encyclopédies ou tenter de bâtir un projet original avec des éléments qu'on ne trouve pas ailleurs ? Dans l'expression « projet d’encyclopédie librement réutilisable que chacun peut améliorer », le mot le plus important n'est-il pas finalement « projet », avec le dépassement des querelles de chapelles que cela impose ?

samedi 25 avril 2009

Ne toujours pas en parler



Le sujet revient périodiquement sur le BA. La dernière salve date d'hier et fait suite au coming-out IRCéen d'une candidate au poste d'administratrice.

Comme beaucoup de ceux qui fréquentent assidûment ce canal, je ne peux m'empêcher de défendre le recours à ce canal dans le cadre de l'édition de l'encyclopédie. L'argument le plus courant étant de rappeler que l'accès à #wikipedia-fr est ouvert à tous et que son existence est largement indiquée dans les pages communautaires de l'encyclopédie. Entrer dans la « cabale IRC » n'est donc pas réservé à une supposée élite, même les plus obtus des « anti-IRC » en conviennent.

Certains arguments me semblent cependant intéressants à creuser car ils ne sont pas dénués d'intérêt :
  • Des décisions sont prises sur IRC sans que la communauté soit avertie. Reconnaissons-le honnêtement, c'est vrai. Par contre de quelles décisions s'agit-il ? Le plus souvent des actes purement administratifs : suppressions immédiates de vandalismes, blocages de pénibles récalcitrants et, plus rarement, purges d'historiques. Par contre, une simple visite sur IRC permet de se rendre compte que l'outil n'est absolument pas adapté pour faire émerger des décisions cruciales pour l'avenir de l'encyclopédie : les sujets de conversation partent souvent dans tous les sens, se télescopent. L'immédiateté même des interventions fait que, plus que encore que sur WP, les oppositions sont frontales et le consensus est encore plus difficile à faire émerger que sur une page de discussion.
  • IRC est un groupe de copains. Oui, j'ai rencontré sur IRC des amis que je n'aurais sans doute pas connus autrement. Grâce à Wikipédia, j'ai aussi des relations amicales avec des personnes qui ne viennent jamais sur IRC. Mais je dois bien reconnaître qu'il y a un paquet de personnes que leur présence sur IRC me donne envie de ne jamais croiser ailleurs. Comme tout lieu de cyber-sociabilisation, un canal IRC fait ressortir des éléments de personnalité assez parlants. Ce n'est certes pas la « vraie vie » mais c'est quand même un moyen de connaître un peu les personnes qui existent derrière les pseudos. Et avoir des relations amicales (voir plus) entre contributeurs, est-ce nuisible à l'encyclopédie ? N'est-ce pas nier la réalité humaine que de penser que les amis sont toujours d'accord sur tout ?
  • Les contributeurs qui fréquentent IRC ne contribuent pas. Cette assertion n'est pas dénuée d'intérêt. Quand on chatte sur le canal, on n'utilise évidemment pas son clavier pour écrire autre chose. Mais bien d'autres activités peuvent détourner de la rédaction d'articles : écrire sur un blog par exemple… Il n'y a pas d'obligation de résultat sur Wikipédia : l'encyclopédie est l'œuvre des contributions de chacun et le principe même du bénévolat me semble incompatible avec cette notion de rentabilité. De plus, IRC est un moyen aisé pour demander de l'aide pour la rédaction (orthographe, traduction, regard éclairé d'un contributeur sur tel ou tel article…). Et puis, comme au bureau, il est bien agréable de faire parfois une pause pour discuter avec ses collègues de tout et rien.
En conclusion, et au vu des votes sur la candidature d'Harmonia Amanda, je pense que les votes des utilisateurs d'IRC sont assez variés alors que j'ai l'impression que les contempteurs du canal se retrouvent tous dans la même case. À cabale, cabale et demi ?

Pour de plus amples informations, veuillez visiter le canal #wikipedia-fr du réseau IRC freenode.

vendredi 24 avril 2009

Et si je commençais par ne pas parler de Wikipédia ?

Non, je n'en parlerai pas.

C'est Popo qui m'a en fait décidé à ne pas aborder ce sujet. « Réflexions aléatoires sur un projet qui tourne très bien alors qu'il prouve tous les jours qu'il ne devrait logiquement pas fonctionner. » : c'est marqué en titre. Alors pourquoi faire part de réflexions sur un sujet qui ne devrait logiquement pas être et donc ne rien susciter ?

Le projet d'encyclopédie est. Il n'est plus question d'en nier l'importance, l'hégémon
ie, même.

Je me souviens de l'exergue d'une édition des années 1980 du Petit Larousse selon lequel cet ouvrage était devenu désormais un synonyme courant de dictionnaire. Et comment le nier alors que l'austère Robert était inconnu dans ma famille. Même à l'école, il n'était ouvert qu'en de rares occasions par une institutrice soucieuse d'asseoir son omniscience par la consultation de ce poussiéreux ouvrage. À cette époque, le Larousse était. Le reste, on le trouvait dans un des volumes de « Tout l'Univers » qui tronait au fond de la classe.

Aujourd'hui, ce qui est doit être dans Wikipédia. Point de salut en dehors. La quantité phénoménale d'informations contenue dans les serveurs de la Foundation est sans commune mesure avec les 1784 pages du Petit Larousse. Il est donc inconcevable qu'une personnalité, qu'un élément ou qu'un concept dont l'existence est prouvée en soit absent. La façon dont ce fait, cette personne, est traité importe peu au final. L'important est d'être dans Wikipédia, comme on est dans le Who's Who, sauf que ça coûte moins cher.

Non, décidément, pour ce premier billet, je ne parlerai pas de Wikipédia.
Et puis, il faut bien garder quelque chose à dire pour la prochaine fois.
Et puis, c'est l'heure du café.